À chaque rencontre, on explique ce qui bloque. On propose un nouvel échéancier. On demande du temps supplémentaire.
Puis cette phrase revient : « On a déjà trop investi pour arrêter. »
C’est précisément à ce moment qu’il faut prendre du recul. L’argent déjà dépensé ne garantit pas que le prochain investissement produira un résultat.
Pourquoi la question n’est pas posée
Ce n’est pas qu’une erreur de calcul. Ceux qui présentent le nouvel échéancier sont souvent ceux qui ont défendu le projet au départ. Remettre sa poursuite en question, c’est admettre devant la direction ou le conseil qu’une décision antérieure était fragile.
Personne n’a intérêt à poser la question. Alors elle n’est pas posée, et le projet continue par défaut.
Un projet qui se poursuit par défaut n’a pas été décidé. Il a été subi.
Un retard mérite une explication
Un projet peut rencontrer des difficultés légitimes : une intégration plus complexe que prévu, des données difficiles à reprendre, un besoin mal compris au départ.
Nous avons nous-mêmes commis cette erreur : bâtir le calendrier d’un projet de transformation sur les seuls résultats d’une preuve de concept. Le retard est venu ensuite, avec la complexité qu’elle n’avait pas montrée. Une preuve de concept valide la faisabilité, pas l’effort.
La question est de savoir si ces difficultés sont maintenant suffisamment comprises pour proposer un plan crédible.
- Qu’est-ce qui a été livré et validé ?
- Qu’est-ce qui reste incertain ?
- Sur quoi repose la nouvelle date annoncée ?
Quand ces réponses restent floues, ajouter du budget revient à poursuivre sans savoir si les conditions de réussite sont réunies.
Revenir aux faits
Avant de décider, il faut établir un portrait clair :
- Le problème que le projet devait résoudre est-il toujours prioritaire ?
- Les éléments les plus complexes ont-ils été testés ?
- Ce qui a été livré est-il réellement utilisable ?
- Quel budget et quel effort restent nécessaires pour terminer la livraison ?
- Le déploiement et l’adoption ont-ils été chiffrés ?
- L’organisation dispose-t-elle des personnes et du temps pour aller jusqu’au bout ?
Ce travail exige d’écouter les équipes, les utilisateurs et les fournisseurs. Leurs constats permettent de comprendre les écarts entre le plan présenté et la réalité.
Un cas vécu
Une organisation s’apprêtait à mettre en service un nouveau système dans un secteur réglementé. Le responsable technologique venait de quitter. La date était annoncée, et le fournisseur assurait qu’elle tenait.
Le portrait a montré autre chose. La solution ne répondait pas à certaines exigences réglementaires, et le fournisseur ne pouvait pas donner les garanties attendues sur la sécurité de la plateforme.
La recommandation a été de reporter. Elle allait à l’encontre du fournisseur et n’a fait plaisir à personne. Elle a été acceptée parce qu’elle reposait sur des faits, et sur une démonstration des conséquences : interruption de service, non-conformité, atteinte à la réputation.
La mise en service a eu lieu quelques semaines plus tard. Sans incident majeur, conforme, et adoptée par l’ensemble des utilisateurs.
Quelques semaines de retard assumées valent mieux qu’une date tenue sur une solution qui n’est pas prête.
Choisir la suite
Quatre options existent. Chacune correspond à une situation différente.
- 01
Poursuivre, quand les difficultés sont comprises, que les éléments les plus risqués ont été testés et que le plan révisé s’appuie sur des preuves plutôt que sur une promesse.
- 02
Réduire le périmètre, quand le besoin est toujours là, mais qu’une petite partie des fonctions retient l’essentiel du calendrier. Livrer une première valeur utile vaut mieux qu’attendre une livraison complète qui recule.
- 03
Changer d’approche, quand le besoin est bon, mais que la solution, l’équipe ou le fournisseur ne l’est pas. Une partie du travail accompli peut être préservée.
- 04
Arrêter, quand le besoin a changé ou que l’effort restant est devenu disproportionné par rapport au bénéfice attendu.
Chaque option a un coût. Y compris celui de continuer.
La responsabilité de la direction est de déterminer ce qui mérite encore d’être financé, dans quelles conditions et pour quel résultat.
Chez CD Vision, nous aidons les organisations à établir ce constat et à définir une suite réaliste.
Avant d’approuver une nouvelle rallonge, une question mérite une réponse claire : qu’est-ce qui rend le prochain investissement plus crédible que le précédent ?
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